D’ordinaire, je suis une incorrigible casanière.

Mais ce soir, Ulysse n’a qu’à bien se tenir.
J’ai envie de faire les bagages à toute berzingue, de filer sur une autoroute un peu déserte, avec la fatigue qui s’accorde si bien aux feulements du moteur, et un vieux Lou Reed qui parle du jour parfait où l’on a bu de la sangria dans le parc.

J’ai envie d’aires d’autoroutes un peu crades, un soir d’été tiedasse, avec tous ces gens qui vont quelque part où je ne suis pas, et qui boivent du café-machine pour se filer le courage d’arriver chez mémé, à Palavas ou plus loin encore, Algesiras et ses promesses d’Afrique, le Portugal quitté il y a si longtemps, ou alors juste vendre des machines-outils dans le Puy-de-Dôme.

(J’aimerais bien mettre des photos, là, mais je crois être insuffisamment maligne pour faire ça sans ma copine Sib, grande prêtrese du oueb.Hier, j’ai réussi, pourtant, encore un des mystères de l’âme humaine: être incapable de récidiver ce qu’on a fait la veille sans (presque) y penser…)

Donc, nous étions en route,là, dans la moiteur d’une nuit de juin.
il serait presque deux heures du matin.Il faudrait songer à un hôtel.
Je dormirais un peu, sur son épaule, Lou Reed aurait passé la main à Joe Dassin, et j’ouvrirais à peine un oeil pour ânnoner d’une voix pâteuse qu' »on s’est aimés comme on se quitte », mais on n’en serait pas encore là, nous, noyés dans la tendresse des débuts, où on s’aime comme ça, sans même se dire que c’est pour la vie, juste tranquillement, naturellement, comme on fonce vers les plages sur un coup de tête.
Ce qui n’empêche pas d’écouter Joe Dassin.

Et puis on se dirait que non, c’est bête, on est bien lancés, qu’il reste trois cent petits kilomètres, qu’on peut y arriver, je te promets, je vais essayer de pas dormir.
De toute manière,il serait bien temps de dormir sur la plage, il n’y a pas grand-chose d’autre à y faire, finalement, un fois qu’on a poussé la témérité jusqu’à s’immerger le thorax presque entier en poussant des petits cris de surprise horrifiée, la mer, c’est froid, toujours, surtout en juin.

Alors on continuerait, d’arrêts-pipi en pauses-café, de Total en Esso, et on se fabriquerait comme ça un souvenir bien plus joli que les deux ou trois jours qui vont suivre, qui laisseront au mieux une trace en négatif sur la peau à peine hâlée, lorsqu’on retirera sa culotte.

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